La réforme de la facturation électronique entre progressivement en vigueur à partir du 1er septembre 2026. Beaucoup de dirigeants associatifs et de trésoriers pensent, à tort, que leur statut « loi 1901 » les met automatiquement hors du champ de cette obligation — d’autres, à l’inverse, redoutent d’être concernés alors qu’ils ne le sont pas. L’administration vient d’apporter des précisions bienvenues sur ce point, dans une réponse ministérielle publiée le 9 juin 2026 (Rép. Cordier : AN 9-6-2026 n° 13558).
En tant que commissaire aux comptes et expert-comptable accompagnant de nombreuses structures associatives, nous faisons le point sur ce qui change concrètement pour vous.
Le critère décisif : la TVA, pas le statut associatif
C’est le point le plus important à retenir : ce n’est pas le statut « association loi 1901 » qui déclenche ou écarte les obligations de facturation électronique, mais l’assujettissement à la TVA. L’administration distingue précisément trois situations.
1. Association sans aucune activité commerciale : totalement hors champ
Une association à but non lucratif qui ne réalise aucune opération à caractère onéreux ou lucratif — donc aucune activité commerciale — n’est pas concernée par la réforme. Elle n’a aucune obligation, pas même celle de recevoir des factures électroniques à compter du 1er septembre 2026.
2. Association avec activités lucratives accessoires sous la franchise : hors champ également
Une association qui exerce des activités lucratives accessoires, mais dont le montant reste inférieur au seuil de la franchise des impôts commerciaux, n’est pas assujettie à la TVA. Elle est donc, elle aussi, totalement hors du champ de la réforme et n’a pas davantage d’obligation de réception à compter du 1er septembre 2026.
3. Association avec activités lucratives principales ou dépassant la franchise : assujettie et concernée
En revanche, une association dont les activités lucratives sont exercées à titre principal, ou dont les recettes lucratives accessoires dépassent le seuil de la franchise, est assujettie à la TVA. Elle entre alors dans le champ de la réforme de la facturation électronique, selon les modalités détaillées ci-dessous.
Deux associations loi 1901 peuvent donc se trouver dans des situations totalement différentes : une association sportive gérée de façon désintéressée et sans activité lucrative significative reste totalement hors champ, tandis qu’un organisme dont l’activité lucrative est principale, ou dépasse la franchise, sera traité comme une entreprise classique.
Deux obligations distinctes : réception et émission — réservées aux associations assujetties
Contrairement à une idée reçue, l’obligation de réception des factures électroniques ne concerne pas toutes les associations. Elle est réservée aux associations assujetties à la TVA, c’est-à-dire à celles relevant du troisième cas décrit ci-dessus.
Les associations totalement hors champ (pas d’activité commerciale, ou activités lucratives accessoires sous la franchise) n’ont aucune obligation, ni de réception ni d’émission, à compter du 1er septembre 2026.
L’obligation de réception : pour les associations assujetties à la TVA
Les associations dont les activités lucratives sont exercées à titre principal, ou dont les recettes accessoires dépassent la franchise, devront être en capacité de recevoir des factures électroniques à compter du 1er septembre 2026. Cela vaut y compris lorsque ces associations bénéficient, par ailleurs, d’exonérations qui les dispensent d’émettre elles-mêmes des factures électroniques (voir ci-dessous) : l’obligation de réception s’impose dès lors qu’elles sont assujetties, indépendamment de leur régime d’émission.
Les exonérations d’émission prévues par le Code général des impôts
Les articles 261 et suivants du CGI prévoient des exonérations de TVA pour certaines activités associatives (notamment dans les domaines sportif, culturel, éducatif ou social). Lorsqu’une association assujettie exerce une activité relevant de ces exonérations, elle est dispensée :
- d’émettre des factures électroniques ;
- de transmettre à l’administration les données de transaction et de paiement (e-reporting).
Ces associations restent néanmoins tenues, comme toute association assujettie, d’être en capacité de recevoir des factures électroniques dès le 1er septembre 2026.
L’obligation d’émission : pour les associations assujetties, hors cas d’exonération
En dehors des cas d’exonération prévus aux articles 261 et suivants du CGI, les associations assujetties à la TVA devront émettre des factures électroniques et/ou transmettre les données de transaction et de paiement à l’administration, selon un calendrier fonction de leur taille :
| Échéance | Structures concernées | Obligation |
|---|---|---|
| 1er septembre 2026 | Associations assujetties considérées comme grandes entreprises ou ETI | Réception, émission et e-reporting |
| 1er septembre 2026 | Associations assujetties considérées comme petites entreprises ou entreprises de taille moyenne | Réception uniquement |
| 1er septembre 2027 | Associations assujetties considérées comme petites entreprises ou entreprises de taille moyenne | Émission et e-reporting |
Dans la pratique, la grande majorité des associations assujetties relèvent de la catégorie « petites entreprises / entreprises de taille moyenne » et bénéficient donc du délai supplémentaire jusqu’en septembre 2027 pour l’émission — mais elles doivent être prêtes à recevoir dès septembre 2026.
Les flux qui restent hors du champ de la réforme
Certains flux caractéristiques du monde associatif ne sont, par nature, jamais concernés par la facturation électronique, quel que soit le régime TVA de l’association :
- les cotisations des membres ;
- les dons, manuels ou déclarés ;
- les subventions publiques, dès lors qu’elles ne constituent pas la contrepartie d’une prestation individualisée assimilable à un prix de vente.
Ces ressources ne s’analysent pas comme des opérations économiques taxables et échappent donc au dispositif.
Le cas des associations à secteur lucratif accessoire
De nombreuses associations conjuguent une activité non lucrative principale et un secteur lucratif accessoire (buvette, boutique, événements payants, prestations de services). Le critère à vérifier en priorité est celui de la franchise des impôts commerciaux :
- si les recettes de ce secteur accessoire restent sous le seuil de la franchise, l’association demeure non assujettie à la TVA et reste totalement hors du champ de la réforme ;
- si ces recettes dépassent la franchise, l’association devient assujettie et entre dans le champ décrit ci-dessus (réception obligatoire dès 2026, émission selon sa taille et son éventuel régime d’exonération).
Il convient donc de suivre chaque année le niveau des recettes lucratives accessoires afin de déterminer si le seuil de la franchise est ou non dépassé, ce basculement pouvant faire entrer l’association dans le champ de la réforme d’une année sur l’autre.
Ce qu’il faut faire dès maintenant
Quel que soit le profil de votre association, nous recommandons d’anticiper les échéances plutôt que de les découvrir en septembre 2026 :
- Déterminer votre assujettissement à la TVA : votre association exerce-t-elle une activité commerciale ? À titre principal ou accessoire ? Ses recettes lucratives accessoires dépassent-elles le seuil de la franchise des impôts commerciaux ? Ce diagnostic conditionne l’existence même de vos obligations.
- Vérifier si vous relevez d’une exonération de TVA au titre des articles 261 et suivants du CGI, ce qui peut vous dispenser d’émettre des factures électroniques tout en vous laissant l’obligation de les recevoir.
- Identifier votre taille au sens de la réforme (grande entreprise/ETI ou petite entreprise/entreprise de taille moyenne), qui détermine votre échéance d’émission : 2026 ou 2027.
- Sécuriser la réception si vous êtes assujettis : choisir une plateforme agréée (PDP) ou vérifier les modalités offertes par le Portail Public de Facturation, afin d’être opérationnel au 1er septembre 2026.
- Suivre annuellement le niveau de vos recettes lucratives accessoires, un dépassement du seuil de la franchise pouvant vous faire basculer dans le champ de la réforme.
- Désigner un référent interne : trésorier, directeur ou comptable, chargé de suivre le dossier et de trancher les questions de qualification TVA au fil de l’eau.
En synthèse
Le statut « loi 1901 » ne détermine jamais, à lui seul, les obligations d’une association en matière de facturation électronique. Tout dépend de l’assujettissement à la TVA :
- pas d’activité commerciale, ou activité lucrative accessoire sous la franchise → aucune obligation, ni de réception ni d’émission ;
- activité lucrative principale, ou accessoire dépassant la franchise → association assujettie, obligation de réception dès le 1er septembre 2026, et obligation d’émission (sauf exonération CGI art. 261 et s.) selon un calendrier fonction de la taille : 2026 pour les grandes structures, 2027 pour les autres.
Notre cabinet accompagne les associations dans le diagnostic de leur situation fiscale, l’analyse des éventuelles exonérations applicables, ainsi que dans le choix et la mise en œuvre des outils adaptés à la réforme. N’hésitez pas à nous contacter pour faire le point sur votre situation.


